Randonner près de chez soi : comment j’ai arrêté d’attendre les vacances pour respirer

Le week-end dernier, j’ai marché 14 kilomètres dans le massif de la Sainte-Baume, à quarante minutes de chez moi. Je n’y étais jamais allé en onze ans de vie marseillaise. On prépare des voyages à l’autre bout du monde et on ignore ce qui se trouve à un plein d’essence. C’est absurde, et ça m’a coûté onze ans.

Depuis, je pioche mes idées de sorties sur bipbipvoyages.fr, un site qui compulse itinéraires, week-ends et randos en France et ailleurs. Pas pour rêver. Pour agir le samedi matin.

La randonnée, ce sport qu’on pratique sans s’en rendre compte

Trois heures de marche en terrain varié brûlent entre 600 et 900 calories selon le poids et le dénivelé. Mais ce chiffre m’importe peu. Ce qui compte, c’est ce que la marche fait au corps sans qu’on ait besoin de se motiver comme pour une séance de sport classique : le rythme cardiaque monte doucement, les articulations travaillent en souplesse, et l’effort reste aérobie presque tout du long.

Mon médecin traitant m’a dit un jour une phrase que je n’ai pas oubliée : « Le meilleur sport, c’est celui que vous ferez encore dans dix ans. »

La randonnée coche cette case. On n’a pas besoin d’abonnement, ni de matériel sophistiqué pour commencer. Une paire de chaussures correcte, une gourde, et c’est tout.

Partir moins loin, mais partir mieux

Une amie a passé deux ans à économiser pour un trek au Népal. Elle a annulé à cause d’une entorse contractée… sur le trottoir devant chez elle. Le voyage parfait n’existe pas, et l’attendre peut durer des années.

À l’inverse, j’ai découvert que la France regorge de sentiers balisés accessibles en train. Le GR20 en Corse, le tour du Mont-Blanc, les gorges du Verdon, les Vosges, le Jura. Chaque région a ses boucles de deux à quatre jours, souvent mal signalées sur les applications classiques mais bien documentées sur les sites de randonnée. Ce genre de week-end coûte moins de 200 euros tout compris. Il régénère plus qu’une semaine de plage à ne rien faire.

C’est ce que j’appelle le micro-voyage : deux nuits, un sac de 35 litres, un itinéraire qui tient sur une carte IGN pliée en quatre.

Le corps d’abord, l’ego ensuite

Il y a une tendance chez les randonneurs débutants : vouloir avaler 25 kilomètres le premier jour. Résultat, ampoules, tendinites, et abandon au bout de six heures.

Je suis passé par là. Ma première sortie sérieuse, c’était 22 kilomètres dans le Luberon avec un sac trop lourd et des chaussures neuves. J’ai fini les trois derniers kilomètres en boitant, en jurant intérieurement. Le lendemain, impossible de descendre les escaliers.

Depuis, je m’impose trois règles simples.

  • Jamais plus de 15 kilomètres le premier jour d’un week-end.
  • Le sac ne dépasse pas 10 % de mon poids de corps.
  • Une paire de chaussures se rode sur au moins 30 kilomètres en ville avant de partir.

Ces règles paraissent basiques. Elles m’ont évité deux blessures et une tendinite du tendon d’Achille qui traîne encore chez un copain.

Ce que la marche fait à la tête

Je ne vais pas vous vendre la forêt comme une thérapie. Mais il y a quelque chose de réel dans le fait de marcher trois heures sans écran. Les pensées se rangent. Les problèmes qui semblaient énormes le vendredi soir trouvent souvent une solution simple au kilomètre huit.

Des études japonaises sur le « bain de forêt » — shinrin-yoku — montrent une baisse mesurable du cortisol après vingt minutes en milieu boisé. Je ne sais pas si ces chiffres tiennent sur le long terme. Ce que je sais, c’est que je dors mieux les soirs de rando, et ça, aucun comprimé ne me l’avait donné avant.

Préparer sans se compliquer la vie

La préparation d’un week-end de marche tient en une soirée. Vérifier la météo à 72 heures, pas à sept jours : les prévisions au-delà sont du bruit. Tracer l’itinéraire sur une carte papier, même si le téléphone sert de GPS. Repérer un point de ravitaillement en eau à mi-parcours, parce que les fontaines indiquées sur les cartes sont parfois à sec en été.

Et prévenir quelqu’un. Toujours.

Le reste — le choix du bivouac, le pique-nique, la bière au retour — relève du plaisir, pas de la logistique. C’est peut-être ça, le vrai luxe : passer un week-end entier à marcher, manger, dormir, recommencer. Rien d’autre. Aucune notification. Aucune urgence.

On n’a pas besoin d’aller loin pour ça. On a besoin d’y aller.